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CultureNiveau A2~7 min de lecture

Marie-Christine raconte — char, blonde, magasiner, tabarnak : les mots du Québec vus depuis Paris (A2-B1)

« Bienvenue au Québec — et bonne chance pour comprendre »

Marie-Christine, franco-canadienne née à Trois-Rivières, installée à Paris depuis vingt ans, raconte les québécismes qu’elle utilise encore malgré elle — et les malentendus qui en résultent. Chronique à la première personne, chaleureuse et bilingue.

7 min de lecture · L'essentiel en 30 secondes

  • Marie-Christine, née à Trois-Rivières, habite Paris depuis 20 ans et partage les mots québécois qui créent des malentendus.
  • Au Québec, « char » signifie voiture, « blonde » désigne une petite amie, et « magasiner » veut dire faire du shopping.
  • Les jurons québécois (tabarnak, câlisse, ostie) proviennent d'objets liturgiques catholiques, contrairement aux jurons français corporels.
  • Le québécois conserve le français du XVIIe siècle : « déjeuner » = petit-déjeuner, « souper » = dîner, « dépanneur » = petite épicerie.
Signé·6 juillet 2026·~7 min de lecture

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Marie-Christine raconte — char, blonde, magasiner, tabarnak : les mots du Québec vus depuis Paris (A2-B1)
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Niveau CECRL : A2 → B1 · Une chronique de Marie-Christine,
franco-canadienne née à Trois-Rivières, installée à Paris depuis
vingt ans. Elle raconte les mots du Québec qu’elle utilise encore
> — malgré elle, et les malentendus qu’elle a créés dans son couloir
parisien.
« Salut les amis, c’est Marie-Christine. Ma voisine Bia me tanne
pour que je vous raconte comment on parle chez nous — au Québec.
Prenez un café, on jase un peu. »

Une petite fille de Trois-Rivières

Je suis née à Trois-Rivières, entre Montréal et Québec, sur le
bord du Saint-Laurent. Chez nous, on ne dit pas comme à Paris.
On dit « bonjour » en arrivant et « bonjour » en partant
(oui, aussi en partant — ça déroute les Français). On dit
« bienvenue » quand on nous remercie (là où un Français dirait
« je t’en prie »). Et on jase au lieu de bavarder.

Quand je suis arrivée à Paris à 35 ans, j’ai eu plein de petits
chocs
. Voici mes préférés.

1. Un char. la voiture qui n’est pas un tank

  • Au Québec : « J’ai stationné mon char dans la ruelle. »
  • À Paris : « J’ai garé ma voiture dans la rue. »

Un char, chez nous, c’est une voiture. Rien à voir avec
un char d’assaut ! Le mot vient probablement de char à chevaux — la voiture d’antan. Les Français, eux, disent une bagnole
en argot, une caisse en langage familier, ou une auto en
langage soutenu.

Malentendu classique : la première fois que j’ai dit à mon
collègue parisien « Attends, je vais chercher mon char », il a
regardé par la fenêtre pour voir un tank descendre le boulevard.

2. Ma blonde / mon chum — les amoureux du Nord

  • Au Québec : « Je te présente ma blonde » = ma copine, ma
petite amie.
  • Au Québec : « Mon chum est parti à la pêche » = mon copain,
mon petit ami.
  • À Paris : « Ma copine » / « mon copain ».

Attention ! « Ma blonde » n’a rien à voir avec la couleur
des cheveux
. Mon chum peut être châtain, roux, chauve : c’est
juste mon amoureux. Le mot vient probablement de l’anglais
chum (copain).

Piège inverse : si tu dis à Paris « ma blonde » en parlant
de ta copine, on va croire que tu parles d’une blonde à teinture.
Et si tu dis « mon chum », personne ne comprendra rien.

3. Magasiner : le verbe qui n’existe pas ailleurs

  • Au Québec : « Je vais magasiner samedi. »
  • À Paris : « Je vais faire du shopping / faire les magasins. »

Magasiner, c’est aller dans les magasins. Le mot est beau,
français, et logique
, pourquoi les Européens ont préféré l’anglais
shopping ? Mystère. Au Québec, on a résisté à l’anglicisme.
Petite fierté nationale.

Autres verbes 100 % québécois :

  • jaser = bavarder, discuter
  • placoter = papoter, discuter longuement
  • tanner quelqu’un = embêter, casser les pieds
  • niaiser = plaisanter, dire n’importe quoi

4. Un dépanneur, pas un mécanicien

  • Au Québec : « Je descends au dépanneur acheter du lait. »
  • À Paris : « Je descends à l’épicerie du coin. »

Un dépanneur, au Québec, c’est la petite épicerie de quartier
ouverte tard
(l’équivalent de l’arabe du coin, dit-on à Paris,
ou de l’épicerie de nuit). En France, un dépanneur est un
mécanicien
qui vient réparer ta voiture. Deux mondes.

Culture bonus : au Québec, un dépanneur vend aussi de la
bière et des cigarettes, et il est souvent ouvert 24 h/24.
On y va en pyjama quand on manque de lait pour le café du matin.

5. Tabarnak, le juron sacré

Ah, le juron québécois. C’est une catégorie à part dans le
français mondial.

Au Québec, les jurons viennent de la religion catholique :
tabarnak (du tabernacle), câlisse (du calice), sacrament
(du sacrement), ostie (de l’hostie), ciboire. Ce sont des
objets liturgiques
, transformés en jurons parce que l’Église était
tellement présente au Québec au XXᵉ siècle que jurer par le sacré
était la pire des transgressions.

En France, les jurons sont plus souvent corporels (merde,
putain, bordel) ou liés au sexe. Ça choque toujours mes amis
français quand j’explique que tabarnak = tabernacle (la
petite armoire dorée sur l’autel).

Attention : les jurons québécois s’empilent joyeusement :
« Tabarnak de câlisse d’ostie de sacrament ! ». C’est le
sommet de la colère québécoise
. À utiliser avec modération.

6. Le breuvage, le déjeuner, le souper — les faux amis du frigo

QuébecFranceTraduction
un breuvageune boissonuma bebida
le déjeunerle petit-déjeunero café da manhã
le dînerle déjeunero almoço
le souperle dînero jantar
une liqueurun sodaum refrigerante
de la crème glacéeune glacesorvete
un breuvage gazeuxun soda gazeuxrefrigerante com gás

Tu vois le décalage ? Au Québec, on a gardé les mots du français
du XVIIᵉ siècle
, quand les colons sont partis de France. Alors
qu’en France, la langue a évolué. Résultat : c’est le Québec
qui parle le vieux français, et Paris le nouveau. Amusant, non ?

7. Les Anglicismes — inversés

Ironie : les Québécois se sont battus si fort contre l’anglais
qu’ils traduisent des mots que les Français ont acceptés en anglais.

Anglais originelQuébecFrance
shoppingmagasinageshopping
emailcourrielmail / email
stop (panneau)arrêtstop
weekendfin de semaineweek-end
parkingstationnementparking
hot dogchien chaud (rare, ironique)hot dog
smoked meatviande fuméesmoked meat

Mon coup de cœur : le courriel est plus élégant que
mail, tu ne trouves pas ? Un mélange de courrier + électronique.
Merci à l’Office québécois de la langue française (OQLF), qui
protège férocement le français au Canada.

8. Petit test. décodons du québécois

Voici cinq phrases que Bia (ma voisine brésilienne) m’a entendu dire.
Traduis-les en français de Paris.

  1. « Ce matin, j’ai pris un café au dépanneur avant d’aller
magasiner avec ma blonde. »
  1. « Mon chum a stationné son char dans la ruelle, mais un chum à
lui l’a rentré dedans. »
  1. « On soupe à quelle heure ? J’ai apporté de la crème glacée
pour le dessert. »
  1. « Arrête de me tanner ! On va jaser plus tard. »
  2. « Tabarnak, j’ai oublié mon courriel de confirmation ! »

(Réponses en fin d’article.)

9. Ce que le Québec nous apprend

Le français du Québec, ce n’est pas un dialecte ; c’est une
autre façon d’être français
. Une manière plus imagée, plus
libre, plus câline
. Une résistance culturelle magnifique, sur
un continent où 8 millions de francophones vivent entourés de
360 millions d’anglophones
.

À Trois-Rivières, quand ma mère m’appelle pour dire « Marie-Ch’ristine,
attache ta tuque, va falloir jaser sérieusement »
, je sais que la
conversation va être longue et sérieuse. Et je suis fière que
ma langue maternelle sache faire ça avec autant de tendresse.

Lexique récapitulatif

QuébecFrance standard🇧🇷 Português (BR)
un charune voitureum carro
une blonde / un chumune copine / un copainuma namorada / um namorado
magasinerfaire du shoppingfazer compras
un dépanneurune épicerie de nuitum mercadinho de esquina
tabarnak(juron)(palavrão)
un breuvageune boissonuma bebida
le déjeunerle petit-déjeunero café da manhã
le dînerle déjeunero almoço
le souperle dînero jantar
jaserbavarderconversar / bater papo
tannerembêterencher o saco
niaiserplaisanterbrincar
une tuqueun bonnetum gorro
un courrielun mailum e-mail
la crème glacéeune glacesorvete
une liqueurun sodaum refrigerante
bienvenue !de rien / je t’en priede nada
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Corrigés (traductions Québec → Paris)

  1. « Ce matin, j’ai pris un café à l’épicerie du coin avant d’aller
faire du shopping avec ma copine. »
  1. « Mon copain a garé sa voiture dans la ruelle, mais un copain à
lui a percuté sa voiture. »
  1. « On dîne à quelle heure ? J’ai apporté une glace pour le
dessert. »
  1. « Arrête de m’embêter ! On va discuter plus tard. »
  2. « Merde / bordel, j’ai oublié mon mail de confirmation ! »

Pour aller plus loin

québécois avec sous-titres. québécois, radios et podcasts.

*— Marie-Christine · alias « la voisine du dessus »***

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