Niveau CECRL : A2 → B1 · Une chronique de Marie-Christine,
franco-canadienne née à Trois-Rivières, installée à Paris depuis
vingt ans. Elle raconte les mots du Québec qu’elle utilise encore> — malgré elle, et les malentendus qu’elle a créés dans son couloir
parisien.
« Salut les amis, c’est Marie-Christine. Ma voisine Bia me tanne
pour que je vous raconte comment on parle chez nous — au Québec.
Prenez un café, on jase un peu. »
Une petite fille de Trois-Rivières
Je suis née à Trois-Rivières, entre Montréal et Québec, sur le
bord du Saint-Laurent. Chez nous, on ne dit pas comme à Paris.
On dit « bonjour » en arrivant et « bonjour » en partant
(oui, aussi en partant — ça déroute les Français). On dit
« bienvenue » quand on nous remercie (là où un Français dirait
« je t’en prie »). Et on jase au lieu de bavarder.
Quand je suis arrivée à Paris à 35 ans, j’ai eu plein de petits
chocs. Voici mes préférés.
1. Un char. la voiture qui n’est pas un tank
- Au Québec : « J’ai stationné mon char dans la ruelle. »
- À Paris : « J’ai garé ma voiture dans la rue. »
Un char, chez nous, c’est une voiture. Rien à voir avec
un char d’assaut ! Le mot vient probablement de char à chevaux — la voiture d’antan. Les Français, eux, disent une bagnole
en argot, une caisse en langage familier, ou une auto en
langage soutenu.
Malentendu classique : la première fois que j’ai dit à mon
collègue parisien « Attends, je vais chercher mon char », il a
regardé par la fenêtre pour voir un tank descendre le boulevard.
2. Ma blonde / mon chum — les amoureux du Nord
- Au Québec : « Je te présente ma blonde » = ma copine, ma
- Au Québec : « Mon chum est parti à la pêche » = mon copain,
- À Paris : « Ma copine » / « mon copain ».
Attention ! « Ma blonde » n’a rien à voir avec la couleur
des cheveux. Mon chum peut être châtain, roux, chauve : c’est
juste mon amoureux. Le mot vient probablement de l’anglais
chum (copain).
Piège inverse : si tu dis à Paris « ma blonde » en parlant
de ta copine, on va croire que tu parles d’une blonde à teinture.
Et si tu dis « mon chum », personne ne comprendra rien.
3. Magasiner : le verbe qui n’existe pas ailleurs
- Au Québec : « Je vais magasiner samedi. »
- À Paris : « Je vais faire du shopping / faire les magasins. »
Magasiner, c’est aller dans les magasins. Le mot est beau,
français, et logique, pourquoi les Européens ont préféré l’anglais
shopping ? Mystère. Au Québec, on a résisté à l’anglicisme.
Petite fierté nationale.
Autres verbes 100 % québécois :
- jaser = bavarder, discuter
- placoter = papoter, discuter longuement
- tanner quelqu’un = embêter, casser les pieds
- niaiser = plaisanter, dire n’importe quoi
4. Un dépanneur, pas un mécanicien
- Au Québec : « Je descends au dépanneur acheter du lait. »
- À Paris : « Je descends à l’épicerie du coin. »
Un dépanneur, au Québec, c’est la petite épicerie de quartier
ouverte tard (l’équivalent de l’arabe du coin, dit-on à Paris,
ou de l’épicerie de nuit). En France, un dépanneur est un
mécanicien qui vient réparer ta voiture. Deux mondes.
Culture bonus : au Québec, un dépanneur vend aussi de la
bière et des cigarettes, et il est souvent ouvert 24 h/24.
On y va en pyjama quand on manque de lait pour le café du matin.
5. Tabarnak, le juron sacré
Ah, le juron québécois. C’est une catégorie à part dans le
français mondial.
Au Québec, les jurons viennent de la religion catholique :
tabarnak (du tabernacle), câlisse (du calice), sacrament
(du sacrement), ostie (de l’hostie), ciboire. Ce sont des
objets liturgiques, transformés en jurons parce que l’Église était
tellement présente au Québec au XXᵉ siècle que jurer par le sacré
était la pire des transgressions.
En France, les jurons sont plus souvent corporels (merde,
putain, bordel) ou liés au sexe. Ça choque toujours mes amis
français quand j’explique que tabarnak = tabernacle (la
petite armoire dorée sur l’autel).
Attention : les jurons québécois s’empilent joyeusement :
« Tabarnak de câlisse d’ostie de sacrament ! ». C’est le
sommet de la colère québécoise. À utiliser avec modération.
6. Le breuvage, le déjeuner, le souper — les faux amis du frigo
| Québec | France | Traduction |
|---|---|---|
| un breuvage | une boisson | uma bebida |
| le déjeuner | le petit-déjeuner | o café da manhã |
| le dîner | le déjeuner | o almoço |
| le souper | le dîner | o jantar |
| une liqueur | un soda | um refrigerante |
| de la crème glacée | une glace | sorvete |
| un breuvage gazeux | un soda gazeux | refrigerante com gás |
Tu vois le décalage ? Au Québec, on a gardé les mots du français
du XVIIᵉ siècle, quand les colons sont partis de France. Alors
qu’en France, la langue a évolué. Résultat : c’est le Québec
qui parle le vieux français, et Paris le nouveau. Amusant, non ?
7. Les Anglicismes — inversés
Ironie : les Québécois se sont battus si fort contre l’anglais
qu’ils traduisent des mots que les Français ont acceptés en anglais.
| Anglais originel | Québec | France |
|---|---|---|
| shopping | magasinage | shopping |
| courriel | mail / email | |
| stop (panneau) | arrêt | stop |
| weekend | fin de semaine | week-end |
| parking | stationnement | parking |
| hot dog | chien chaud (rare, ironique) | hot dog |
| smoked meat | viande fumée | smoked meat |
Mon coup de cœur : le courriel est plus élégant que
mail, tu ne trouves pas ? Un mélange de courrier + électronique.
Merci à l’Office québécois de la langue française (OQLF), qui
protège férocement le français au Canada.
8. Petit test. décodons du québécois
Voici cinq phrases que Bia (ma voisine brésilienne) m’a entendu dire.
Traduis-les en français de Paris.
- « Ce matin, j’ai pris un café au dépanneur avant d’aller
- « Mon chum a stationné son char dans la ruelle, mais un chum à
- « On soupe à quelle heure ? J’ai apporté de la crème glacée
- « Arrête de me tanner ! On va jaser plus tard. »
- « Tabarnak, j’ai oublié mon courriel de confirmation ! »
(Réponses en fin d’article.)
9. Ce que le Québec nous apprend
Le français du Québec, ce n’est pas un dialecte ; c’est une
autre façon d’être français. Une manière plus imagée, plus
libre, plus câline. Une résistance culturelle magnifique, sur
un continent où 8 millions de francophones vivent entourés de
360 millions d’anglophones.
À Trois-Rivières, quand ma mère m’appelle pour dire « Marie-Ch’ristine,
attache ta tuque, va falloir jaser sérieusement », je sais que la
conversation va être longue et sérieuse. Et je suis fière que
ma langue maternelle sache faire ça avec autant de tendresse.
Lexique récapitulatif
| Québec | France standard | 🇧🇷 Português (BR) |
|---|---|---|
| un char | une voiture | um carro |
| une blonde / un chum | une copine / un copain | uma namorada / um namorado |
| magasiner | faire du shopping | fazer compras |
| un dépanneur | une épicerie de nuit | um mercadinho de esquina |
| tabarnak | (juron) | (palavrão) |
| un breuvage | une boisson | uma bebida |
| le déjeuner | le petit-déjeuner | o café da manhã |
| le dîner | le déjeuner | o almoço |
| le souper | le dîner | o jantar |
| jaser | bavarder | conversar / bater papo |
| tanner | embêter | encher o saco |
| niaiser | plaisanter | brincar |
| une tuque | un bonnet | um gorro |
| un courriel | un mail | um e-mail |
| la crème glacée | une glace | sorvete |
| une liqueur | un soda | um refrigerante |
| bienvenue ! | de rien / je t’en prie | de nada |
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Corrigés (traductions Québec → Paris)
- « Ce matin, j’ai pris un café à l’épicerie du coin avant d’aller
- « Mon copain a garé sa voiture dans la ruelle, mais un copain à
- « On dîne à quelle heure ? J’ai apporté une glace pour le
- « Arrête de m’embêter ! On va discuter plus tard. »
- « Merde / bordel, j’ai oublié mon mail de confirmation ! »
Pour aller plus loin
- Office québécois de la langue française (OQLF) — le grand dictionnaire terminologique, gratuit.
- TV5 Québec Canada. programmes 100 %
- Radio-Canada, le service public
*— Marie-Christine · alias « la voisine du dessus »***

