— Bia : Vincent, pourquoi on dit « le problème » mais « la solution » ? En portugais c’est o problema, masculin aussi, mais après ça change tout le temps !
— Vincent : Ah, le grand classique. Tu dis « un arbre » ou « une arbre » ?
— Bia : Euh… « une arbre » ? Parce qu’en portugais c’est féminin, a árvore…
— Vincent : Et voilà. C’est « un arbre », masculin en français. Le piège parfait pour les Brésiliens.
— Bia : Génial. Donc je dois apprendre tous les noms par cœur ?
— Vincent : Pas tous. Il y a des familles de terminaisons qui marchent neuf fois sur dix. On va déminer ça ensemble.
Ce casse-tête, tous les lusophones qui apprennent le français le rencontrent dès la première semaine. Décortiquons ensemble.

« Le pain, la baguette. » — même produit, deux genres différents.
Bienvenue dans l’un des grands classiques du français.
Le genre des noms, masculin ou féminin, c’est la première grande gymnastique du français pour les lusophones. Bonne nouvelle : comme en portugais, chaque nom a un genre. Mauvaise nouvelle : ce n’est pas toujours le même qu’en portugais. Bref, on ne peut pas juste traduire et espérer que ça passe.
- A árvore → l’arbre (masculin en français, féminin en PT).
- O sinal → le signal. A dor → la douleur. O leite → le lait.
Il n’y a pas de règle universelle, enfin, c’est vite dit. Disons qu’il y a surtout des familles de terminaisons qui marchent dans 80 à 95 % des cas. On les voit ici. Et franchement, une fois qu’on a pigé le truc, ça roule. Enfin, presque.
1. Le principe : chaque nom a UN genre fixe
En français, un nom est soit masculin, soit féminin. Toujours. Même les objets, les concepts, les sentiments. Pas de neutre, pas d’hésitation : chaque chose est « il » ou « elle ». Ça paraît absurde, d’accord, mais c’est comme ça.
- Masculin : un livre, un problème, un amour, un ordinateur.
- Féminin : une table, une idée, une chance, une voiture.
Le genre du nom détermine :
- l’article (le / la / un / une / du / de la),
- l’accord de l’adjectif (un petit chien / une petite chatte),
- l’accord du participe passé avec être (il est parti / elle est partie),
- le pronom (il / elle).
Et si tu te trompes ? Rien de grave. On te comprend quand même. Sauf qu’au bout d’un moment, ça fait tache. autant apprendre maintenant.
2. Terminaisons FÉMININES (fiables dans 90 % des cas)
| Terminaison | Exemples | Astuce |
|---|---|---|
| -tion / -sion / -ssion | la nation, la mission, la passion | 100 % féminin |
| -té / -ité / -eté | la beauté, la vérité, la propreté | qualité abstraite |
| -ance / -ence | la chance, la science, la patience | 95 % féminin |
| -ure | la voiture, la nature, la culture | sauf le murmure |
| -ette | la baguette, la chaussette | diminutif féminin |
| -ée | la journée, l’idée, la matinée | sauf le musée, le lycée |
| -ie | la boulangerie, la comédie, la vie | sauf le génie, le parapluie |
Exemple pratique :
- la solution, la décision, la beauté, la patience, l’ouverture, la chouette, la matinée, la vie.
Bon, je sais, il y a des exceptions. Le musée, le lycée… sauf que les exceptions, dans le genre des noms, ça reste minoritaire. Si tu paries systématiquement sur « -ée = féminin », tu as raison neuf fois sur dix. Pas mal, quoi.
3. Terminaisons MASCULINES (fiables dans 85 % des cas)
| Terminaison | Exemples | Astuce |
|---|---|---|
| -ment | le gouvernement, le moment, le paiement | 99 % masculin |
| -age | le voyage, le fromage, le nuage | sauf la page, la plage, la cage, la rage, l’image |
| -eau | le bureau, le bateau, le cadeau | 100 % masculin |
| -isme | le tourisme, le journalisme, le socialisme | doctrines / systèmes |
| -ail / -euil / -ueil | le travail, le fauteuil, l’accueil | 100 % masculin |
| -oir | le miroir, le trottoir, le soir | sauf la mémoire, la baignoire |
| -eur (métier) | le professeur, l’ingénieur, le docteur | sauf la fleur, la peur, la douleur |
Exemple pratique :
- le gouvernement, le voyage, le bureau, le tourisme, le travail, le miroir, le boucher.
D’ailleurs, -age c’est un cas classique d’embrouille : on croit que c’est masculin à tous les coups, et paf : la page, la plage, la rage. N’empêche qu’en général, ça marche. Bref, mémorise les exceptions et le reste suivra.

4. Les pièges lusophones. 10 mots qui changent de genre
| Mot | Français | Portugais |
|---|---|---|
| arbre | l’arbre (m.) | a árvore (f.) |
| lait | le lait (m.) | o leite (m.) ✅ même genre |
| douleur | la douleur (f.) | a dor (f.) ✅ |
| signal | le signal (m.) | o sinal (m.) ✅ |
| honneur | l’honneur (m.) | a honra (f.) |
| miel | le miel (m.) | o mel (m.) ✅ |
| sel | le sel (m.) | o sal (m.) ✅ |
| équipe | l’équipe (f.) | o time (m.) |
| voyage | le voyage (m.) | a viagem (f.) |
| couleur | la couleur (f.) | a cor (f.) ✅ |
| minute | la minute (f.) | o minuto (m.) |
À retenir : ne traduis jamais un genre. Apprends toujours le nom AVEC son article : un voyage, une minute, l’arbre, la douleur. C’est la seule façon de vraiment ancrer le truc dans ta tête : sinon tu vas dire « la voyage » pendant des années et personne n’osera te corriger.
5. Les métiers et personnes, masculin ↔ féminin
Cas 1 : simple ajout de -e
- un ami / une amie, un étudiant / une étudiante, un employé / une employée.
Cas 2 : changement de terminaison
- un boulanger / une boulangère, un vendeur / une vendeuse, un acteur / une actrice, un chanteur / une chanteuse.
Cas 3 : mot identique aux deux genres (déterminant seul change)
- un / une journaliste, un / une artiste, un / une élève, un / une secrétaire.
Là, c’est pratique : tu changes juste l’article. Facile.
Cas 4 : depuis la féminisation officielle (Académie 2019)
- un / une professeure, un / une auteure ou autrice, un / une écrivaine, un / une cheffe.
Bon, ça, c’est un vrai débat en France. Pendant des décennies, on disait « Madame le professeur » ou « Madame le ministre ». Aujourd’hui, l’Académie française elle-même admet professeure et autrice. Certains résistent encore, mais franchement, la langue évolue, quoi.
Cas 5 : mots piégés à connaître
- un homme → une femme, un père → une mère, un frère → une sœur, un roi → une reine, un neveu → une nièce.
Là, pas de logique : c’est du pur par cœur. Et on ne peut rien y faire.
6. Les mots qui ne suivent AUCUNE règle — à mémoriser
Ces mots posent problème à tout le monde. Apprends-les par cœur. Ou mets-les sur des post-it dans ta cuisine — ça marche aussi.
| Masculin surprenant | Féminin surprenant |
|---|---|
| le silence, le programme | la fin, la faim |
| le squelette, le tentacule | la peau, la main |
| le pétale, le termite | l’après-midi (m. ou f.) |
| l’incendie, l’orage | la souris, la fourmi |
| le monopole, le hémisphère | la vis, la brebis |
Et après-midi, franchement, c’est un cas à part : tu peux dire un ou une après-midi. Les deux passent. Pratique, hein ?
7. Cinq astuces pour retenir le genre
Astuce 1 ; Apprends le mot avec l’article défini : le soleil, la lune. Jamais soleil tout seul. Sinon, dans ta tête, le mot reste neutre : et tu vas hésiter toute ta vie.
Astuce 2 — Range tes fiches par couleur : masculin en bleu, féminin en rouge (ou l’inverse, peu importe). Le cerveau aime les codes visuels. Ça paraît bête, mais ça marche.
Astuce 3 — Fais une phrase courte avec un adjectif : un grand cinéma, une petite école. L’accord ancre le genre dans la mémoire. C’est du conditionnement pavlovien, mais bon, on prend ce qui marche.
Astuce 4 : Utilise l’intuition des terminaisons : si tu ne sais pas, regarde la finale. -tion / -té / -ance = féminin. -ment / -age / -eau = masculin. Tu es correct 9 fois sur 10. Pas garanti, mais c’est déjà ça.
Astuce 5 : Doute ? Consulte le [dictionnaire Larousse]( en ligne : l'entrée indique toujours n.m. ou n.f.. Pas de honte à vérifier. On le fait tous.
Ce qu'il faut retenir
- Chaque nom français a un genre fixe — apprends-le avec son article, point final.
- Les terminaisons -tion, -té, -ance, -ure, -ette, -ée, -ie sont féminines dans 90 % des cas.
- Les terminaisons -ment, -age, -eau, -isme, -ail, -oir sont masculines dans 85 % des cas.
- Le genre français ≠ le genre portugais, méfie-toi des faux amis de genre. L'arbre, le voyage, la minute... autant de pièges.
- Les métiers se féminisent par -e, -ère, -euse, -ice selon la terminaison masculine.
- Certains mots courts (la fin, la faim, la main, la peau) sont à mémoriser, pas d’autre solution.
Pour aller plus loin — ressources externes
Voici trois ressources gratuites, sérieuses et sans publicité intrusive que je recommande à mes élèves lusophones : et que j’utilise moi-même, d’ailleurs :
- [Expressio.fr]( : l'encyclopédie vivante des expressions françaises*. Chaque expression a son origine, son sens, son registre et souvent un enregistrement audio. Un régal pour comprendre pourquoi on dit « tomber dans les pommes » ou « avoir la moutarde qui monte au nez ». Et franchement, c'est addictif.
- Le Conjugueur (Le Figaro) : la conjugaison complète de tous les verbes français à tous les temps et à toutes les personnes. Version mobile et extension navigateur disponibles. Pratique quand tu hésites entre je courais et je courrais.
- [Dictionnaire Larousse — la référence académique, avec exemples d’usage, synonymes, contraires, et étymologie. Ça reste la base.
Astuce Lionel : ajoute expressio.fr à tes favoris. Une fois par semaine, ouvre une expression au hasard — et tu emmagasines de l’argot, du soutenu, et de la culture française en même temps. C’est comme un bon café : ça réveille.
— Lionel Philippe · alias « M. Bonjour-Merci »***

