« Le tourisme de masse est une industrie de la rencontre qui produit de l’évitement. »> — Rodolphe Christin, Manuel de l’antitourisme, 2008
Introduction : Venise se noie deux fois
Venise, cité lacustre menacée par la mer… et par ceux venus l’admirer. Chaque année, trente millions de visiteurs déferlent sur cent vingt mille habitants permanents. Les paquebots de croisière percent la brume lagunaire, les gondoles deviennent des attractions foraines, les campi se transforment en décors de studio. La Sérénissime se noie deux fois : sous l’acqua alta, certes, mais aussi sous le flux touristique qui vide la ville de ses âmes et de ses artisans. Ce paradoxe — admirer jusqu’à détruire — n’est pas vénitien. Il est planétaire. Barcelone suffoque, Dubrovnik rationne l’accès à ses remparts, le Machu Picchu interdit désormais les sacs à dos. Partout, le même constat : le tourisme, devenu industrie lourde, ronge ce qu’il prétend célébrer. Faut-il pour autant le bannir ? Condamner le voyage, n’est-ce pas condamner l’ouverture au monde, le commerce des cultures, cette « école de relativisme » dont parlait Claude Lévi-Strauss dans Tristes Tropiques ? La question mérite mieux qu’un procès à charge. Elle exige une pesée honnête des arguments, puis une sortie par le haut. Nous plaiderons d’abord l’insoutenabilité environnementale du tourisme contemporain. Nous reconnaîtrons ensuite — sans fausse pudeur — ce qu’il apporte. Nous chercherons enfin une troisième voie, loin du faux dilemme « oui ou non ».
I. L’argument du plaidoyer environnemental — pourquoi le tourisme est devenu insoutenable
Les chiffres parlent d’eux-mêmes, à condition de les écouter. Selon le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), le secteur touristique mondial génère environ 8 % des émissions de gaz à effet de serre de la planète. Huit pour cent. Davantage que l’ensemble de l’industrie textile, comparable à l’agriculture intensive. L’aviation civile, épine dorsale du tourisme longue distance, représente à elle seule 2,5 % des émissions mondiales de CO₂, mais ce chiffre ne comptabilise ni la vapeur d’eau ni les traînées de condensation — les « cirrus anthropiques » — dont l’impact radiatif triple, selon certaines études, l’effet de serre direct du kérosène brûlé. Un vol Paris-New York aller-retour en classe économique émet environ 1,8 tonne de CO₂ par passager. C’est l’empreinte carbone annuelle moyenne d’un habitant du Sénégal.
Le surtourisme — ce néologisme disgracieux traduit de l’anglais overtourism — n’est plus un concept de colloque. C’est une réalité tangible, mesurable, documentée. Barcelone accueille trente-deux millions de visiteurs par an pour 1,6 million d’habitants. Dubrovnik, perle adriatique inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO, reçoit jusqu’à dix mille croisiéristes certains jours d’été dans une vieille ville de quarante hectares. Le Machu Picchu, sanctuaire inca perché à 2 430 mètres d’altitude, a dû limiter l’accès à 4 500 visiteurs quotidiens après des décennies d’érosion accélérée. L’île thaïlandaise de Koh Phi Phi, rendue célèbre par le film La Plage, a fermé Maya Bay en 2018 pour permettre aux coraux de cicatriser — quatre ans de convalescence pour réparer quinze ans d’assaut photographique.
Ce phénomène ne détruit pas seulement les sites. Il détruit les villes elles-mêmes, de l’intérieur. La « touristification » — ce processus par lequel un quartier, puis une ville entière, bascule dans l’économie du séjour court — chasse les habitants permanents. Airbnb et ses clones ont retiré du marché locatif classique des centaines de milliers de logements en Europe. À Lisbonne, le loyer moyen a augmenté de 94 % entre 2011 et 2018, tandis que les épiceries de quartier fermaient au profit de boutiques de souvenirs vendant des azulejos fabriqués en Chine. Jean Viard, sociologue français du temps libre, parle de « gentrification touristique » : les centres-villes deviennent des musées habités par des fantômes en tongs, photographiant des façades vides.
Les écosystèmes fragiles paient un tribut particulièrement lourd. L’Everest, toit du monde, cumule aujourd’hui douze tonnes de déchets humains abandonnés au-dessus de huit mille mètres — excréments gelés, bouteilles d’oxygène vides, tentes déchiquetées. Bali, île des dieux hindouistes devenue usine à selfies, produit chaque jour trois mille huit cents tonnes de déchets dont une partie finit dans l’océan Indien. Les plages de sable blanc de Boracay, aux Philippines, ont été fermées six mois en 2018 pour « réhabilitation environnementale » après que le président Duterte les eut qualifiées de « fosse septique ». Le mot était brutal. Il n’était pas inexact.
Dernier paradoxe, et non des moindres : l’effet rebond du tourisme soi-disant durable. Les écolodges de Patagonie affichent des panneaux solaires et des toilettes sèches, mais leurs clients ont parcouru douze mille kilomètres en avion pour s’y rendre. Les safaris « écoresponsables » au Kenya compensent leurs émissions en plantant des arbres… qui mettront trente ans à absorber le CO₂ du vol Londres-Nairobi, si tant est qu’ils survivent. Ce greenwashing — lavage vert, blanchiment écologique — permet aux consciences de dormir tranquilles sans toucher à la racine du problème : la massification planétaire du déplacement touristique.
II. Le contre-argument — ce que le tourisme apporte (qu’on aime le dire ou non)
Condamner d’un bloc le tourisme serait pourtant malhonnête. Et malhabile. Car ce secteur, fût-il destructeur, n’est pas un parasite économique. Il représente, selon l’Organisation mondiale du tourisme (OMT), 10 % du produit intérieur brut mondial et fait vivre directement ou indirectement trois cents millions de personnes. Trois cents millions. Serveurs, guides, chauffeurs, artisans, hôteliers, cuisinières, blanchisseuses, agents de sécurité, jardiniers. Supprimer le tourisme du jour au lendemain, ce serait plonger dans la misère des pans entiers de l’économie mondiale — notamment dans les pays du Sud global, où le tourisme constitue parfois la première source de devises étrangères. Aux Maldives, il représente 60 % du PIB. En Thaïlande, 21 %. Au Maroc, 19 %. Fermer les frontières au nom de la décroissance touristique, c’est condamner des millions de familles à la pauvreté sans leur offrir d’alternative crédible.
Le tourisme n’est pas qu’une affaire de chiffres. C’est aussi — osons le mot — un vecteur culturel. Montaigne, au XVIͤ siècle, écrivait dans ses Essais : « Je ne vois rien de barbare ou de sauvage dans les nations étrangères, sinon que chacun appelle barbarie ce qui n’est pas de son usage. » Le voyage comme école de relativisme, comme antidote au repli identitaire, comme confrontation salutaire à l’altérité. Albert Camus, enfant pauvre d’Alger devenu prix Nobel, n’aurait jamais écrit Noces sans le soleil de Tipasa ni L’Étranger sans la lumière méditerranéenne. Stendhal parcourait l’Italie avec une ferveur quasi mystique — on parle encore aujourd’hui du « syndrome de Stendhal », cette émotion esthétique tellement intense qu’elle provoque vertiges et palpitations devant les chefs-d’œuvre florentins. Peut-on sérieusement réduire le voyage à une pollution carbone chiffrée, sans reconnaître ce qu’il ouvre dans les consciences ?
Lévi-Strauss lui-même, dans Tristes Tropiques (1955), condamnait certes le tourisme de masse naissant — « Je hais les voyages et les explorateurs » —, mais il reconnaissait que l’expérience ethnographique, cette forme exigeante du voyage, demeurait irremplaçable : « Comprendre consiste à réduire un type de réalité à un autre. » Or, pour réduire, il faut d’abord connaître. Et pour connaître, il faut aller voir. Pas dans un livre. Pas sur un écran. Sur place, dans la chair du monde, avec ses odeurs, ses chaleurs, ses désillusions. Le tourisme, sous sa forme dégradée, trahit cette ambition. Mais l’ambition subsiste. Et elle est noble.
Dernier argument, rarement assumé mais essentiel : le tourisme peut être un outil de dialogue interculturel dans un monde fracturé par les nationalismes. Un jeune Européen qui passe trois semaines au Vietnam ne rentrera pas chez lui en réclamant la fermeture des frontières. Une famille brésilienne qui visite le Sénégal cessera de percevoir l’Afrique comme un continent homogène et misérabiliste. Le contact, même superficiel, même mercantile, fissure les stéréotypes. Ce n’est pas grand-chose. Mais ce n’est pas rien non plus.
III. La synthèse — sortir du faux dilemme
Tout procès doit s’achever par un verdict. Mais ici, le verdict ne peut être binaire. Ce n’est pas « oui ou non ». C’est « comment ». Comment voyager sans détruire ? Comment maintenir cette circulation des corps et des regards — nécessaire à l’ouverture du monde — sans transformer la planète en parc d’attractions étouffant sous ses propres visiteurs ?
Plusieurs pistes existent. Elles ne sont ni utopiques ni punitives. Elles exigent simplement du courage politique et une conversion collective du regard.
Première piste : la taxation ciblée. L’aviation commerciale bénéficie depuis des décennies d’une exonération fiscale aberrante : le kérosène aérien n’est pas taxé, contrairement à l’essence automobile. Résultat : un vol low-cost Paris-Barcelone coûte moins cher qu’un billet de TGV Paris-Marseille. Cette distorsion fiscale encourage le plus polluant. Instaurer une taxe carbone progressive sur les billets d’avion — modeste pour les vols courts intra-européens, lourde pour les vols intercontinentaux en classe affaires — permettrait de financer la transition écologique des transports et de réguler la demande. Venise a introduit en 2023 une taxe de séjour variable (de 5 à 10 euros selon la saison) pour les excursionnistes d’un jour. L’OCDE recommande d’aller plus loin : indexer cette taxe sur la capacité contributive des visiteurs et sur la pression touristique mesurée.
Deuxième piste : les quotas. Le Machu Picchu limite l’accès à 4 500 visiteurs quotidiens. Dubrovnik plafonne à deux paquebots simultanés dans son port. Ces mesures, longtemps considérées comme autoritaires, sont devenues une nécessité de survie patrimoniale. On pourrait étendre le principe : un système de réservation obligatoire pour les sites fragiles, une limitation du nombre de nuitées touristiques dans les centres-villes saturés (Amsterdam étudie sérieusement cette option). Certains crieront au rationnement. Mais rationner, c’est précisément ce que nous faisons avec l’eau potable, l’énergie électrique, les ressources halieutiques. Pourquoi pas avec la « ressource paysagère » et la « ressource urbaine » ?
Troisième piste : le voyage lent. Le slow travel, mouvement né en réaction au tourisme express, propose une révolution douce : voyager moins souvent, plus longtemps, plus proche. Redécouvrir le train de nuit, la marche itinérante, le vélo au long cours. L’Union européenne a relancé plusieurs lignes ferroviaires nocturnes (Paris-Venise, Vienne-Bruxelles). Ce n’est pas de la nostalgie. C’est une réponse concrète à la dictature du « week-end à Prague ». Stendhal mettait quinze jours pour rallier Paris à Florence. Il en revenait transformé. Nous y allons en deux heures low-cost. Nous en revenons avec trois cents photos et aucun souvenir charnel.
Quatrième piste : l’éducation du voyageur. Former, informer, responsabiliser. Certaines agences proposent désormais des « chartes du voyageur » signées avant le départ. Des universités brésiliennes intègrent dans leurs cursus de tourisme des modules d’éthique environnementale. Cela paraît dérisoire. Mais toute révolution commence par un changement de regard. Apprendre à voir autrement — à préférer la rencontre à la photo, la lenteur à l’accumulation, la profondeur à l’étendue — c’est déjà voyager différemment.
Cinquième piste, plus prospective : le numérique immersif. Non pour remplacer le voyage — ce serait absurde —, mais pour en décongestionner certaines formes. Pourquoi ne pas visiter virtuellement la chapelle Sixtine avant d’y aller physiquement ? Pourquoi ne pas proposer des répliques numériques haute fidélité des grottes de Lascaux, fermées au public depuis 1963 ? La technologie permet aujourd’hui des expériences immersives saisissantes. Elles ne remplaceront jamais l’odeur du jasmin à Fès ni le vertige devant le Grand Canyon. Mais elles peuvent filtrer, orienter, hiérarchiser.
Conclusion : ce n’est peut-être pas le tourisme qui nous pose problème
Reprenons la question initiale : faut-il interdire le tourisme pour sauver l’environnement ? La réponse est non. Mais ce « non » n’est pas un blanc-seing. C’est un « non, à condition de ». À condition de taxer justement. À condition de réguler fermement. À condition d’éduquer patiemment. À condition, surtout, de cesser de mentir : le « tourisme durable » tel qu’il est vendu aujourd’hui est une imposture. Un vol compensé carbone reste un vol. Un hôtel écologique au bout du monde reste une aberration logistique.
Ce qui nous pose problème, au fond, ce n’est peut-être pas le tourisme. C’est notre définition dégradée du voyage. Nous avons transformé la découverte du monde en consommation d’images. Nous avons remplacé l’émerveillement par la validation sociale (le selfie posté, le like reçu). Nous avons confondu mobilité et liberté. Rousseau écrivait : « La plus grande vitesse n’est pas la meilleure façon d’arriver. » Nous l’avons oublié. Réapprendre à voyager lentement, sobrement, profondément — voilà l’enjeu. Pas interdire. Convertir. Ce sera long. Ce sera difficile. Mais l’alternative — voir Venise sombrer définitivement, cette fois-ci sous nos pieds — est inacceptable.
Petit lexique C2
| Français | Português (BR) |
|---|---|
| surtourisme | sobreturismo / turismo excessivo |
| touristification | turistificação |
| externalités | externalidades |
| effet rebond | efeito rebote |
| greenwashing | lavagem verde / greenwashing |
| empreinte carbone | pegada de carbono |
| quotas touristiques | cotas turísticas |
| taxe de séjour | taxa de estadia / taxa turística |
| tolérance touristique | tolerância turística |
| slow travel | viagem lenta / turismo lento |
— Vincent
Exercices C2 : Essai argumentatif sur le tourisme et l'environnement
Exercices
1) Compréhension fine
Question 1 : L'auteur affirme que Venise « se noie deux fois ». Expliquez cette formule et montrez comment elle synthétise le problème posé dans l'introduction.
Question 2 : Analysez le rôle de la statistique « 8 % des émissions de gaz à effet de serre » au début de la partie I. Pourquoi l'auteur la contextualise-t-il immédiatement par d'autres chiffres (textile, aviation) ?
Question 3 : Qu'est-ce que la « gentrification touristique » (mentionnée via Jean Viard) ? Comment se distingue-t-elle d'une simple augmentation économique liée au tourisme ?
Question 4 : Dans la partie II, l'auteur reconnaît que « condamner d'un bloc le tourisme serait malhonnête ». Quel argument principal justifie cette concession, et pourquoi pourrait-elle sembler difficile à réfuter sur le plan socio-économique ?
2) Lexique C2 — Définitions attendues
Définissez brièvement les huit termes suivants en contexte :
- Surtourisme (overtourism) : Afflux excessif de visiteurs dans une destination, dépassant la capacité d'accueil et causant dégradation environnementale et nuisances aux résidents.
- Touristification : Processus de transformation d'un espace urbain ou local vers une économie dominée par le tourisme, entraînant fermeture d'commerces locaux et départ des habitants permanents.
- Externalités : Coûts ou bénéfices externes non inclus dans le prix de marché (ici, les dégâts environnementaux du tourisme non facturés aux touristes).
- Effet rebond : Phénomène où une amélioration d'efficacité écologique est annulée par une augmentation de la consommation (ex. : écolodge durable mais accessible en avion émetteur).
- Greenwashing : Stratégie de communication trompeuse visant à donner une image écologique à une activité polluante sans réduire réellement son impact.
- Empreinte carbone : Mesure de la quantité totale de gaz à effet de serre émis directement ou indirectement par une activité, une personne ou une organisation.
- Quotas touristiques : Limitation du nombre de visiteurs autorisés à accéder à une destination ou site (ex. : 4 500 visiteurs/jour au Machu Picchu).
- Tolérance touristique : Capacité maximale d'un site, d'un écosystème ou d'une communauté à absorber l'impact du tourisme sans dégradation significative.
3) Synthèse argumentative
Consigne : Rédigez une synthèse de 200 mots maximum qui récapitule les trois positions présentes dans le texte (pour la limitation, contre la limitation/suppression, tierce voie pressentie). Votre synthèse doit être neutre et démontrer votre compréhension de la tension argumentative.
Espace à remplir par l'apprenant.
4) Production écrite — Essai argumentatif DALF C2
Sujet :
L'automobile individuelle a-t-elle encore un avenir en ville ? Vous traiterez cette question sous forme d'essai argumentatif structuré (750 mots environ), en intégrant au moins trois perspectives : écologique, socio-économique et urbaine. Vous pourrez vous inspirer de la démarche du texte étudié (présentation du paradoxe, plaidoyer, contre-argument, synthèse).
Critères d'évaluation :
- Clarté et articulation de la thèse
- Équilibre argumentatif (ne pas privilégier excessivement une seule position)
- Intégration de chiffres, d'exemples concrets ou de concepts théoriques
- Richesse du lexique C2 (emploi de connecteurs logiques, de nuances)
- Cohésion et correction morphosyntaxique
Espace à remplir par l'apprenant (≈ 750 mots).
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Corrigés (indicatifs)
Corrigés — Compréhension fine
Q1 : La formule « Venise se noie deux fois » joue sur le double sens : littéralement, la ville s'enfonce sous la montée des eaux (acqua alta) ; figurément, elle est engloutie par le flot touristique qui vide de sens sa vie locale et son intégrité urbaine. Cette paradoxe synthétise le cœur du problème : la destruction par ce qu'on prétend préserver.
Q2 : Le chiffre de 8 % n'a de sens que replacé dans la hiérarchie des pollueurs. En le comparant au textile et à l'aviation, l'auteur démontre que le tourisme n'est pas un secteur marginal mais une industrie lourde, comparable aux plus gros émetteurs. Cela renforce l'urgence de sa limitation.
Q3 : La gentrification touristique désigne l'éviction des habitants permanents due à la hausse des loyers et à la substitution de commerces locaux par des boutiques de souvenirs. Contrairement à une simple croissance économique qui pourrait bénéficier à tous, elle crée une vacuité sociale : la ville devient décor sans habitants authentiques.
Q4 : L'argument principal est socio-économique : le tourisme fait vivre 300 millions de personnes. Cette concession semble difficile à réfuter car elle rappelle qu'on ne peut pas éradiquer un secteur sans proposer d'alternatives économiques aux populations dépendantes. L'enjeu n'est donc pas l'interdiction mais la régulation.
Corrigés — Lexique C2
| Terme | Définition concise |
|---|---|
| Surtourisme | Afflux excessif de visiteurs excédant la capacité d'accueil d'une destination, provoquant dégradation environnementale et conflits sociaux. |
| Touristification | Transformation progressive d'un lieu en destination touristique commerciale, avec disparition des activités locales et des résidents permanents. |
| Externalités | Coûts ou avantages non intégrés au prix de marché (ici : pollution, usure écologique du tourisme supportée par la collectivité). |
| Effet rebond | Annulation des gains écologiques d'une technologie propre par une augmentation de sa consommation (exemple : vols vers écolodges). |
| Greenwashing | Stratégie marketing donnant une fausse image écologique à une activité sans réduire son impact réel. |
| Empreinte carbone | Quantité totale de GES émis par une activité, exprimée en équivalent CO₂ (direct et indirect). |
| Quotas touristiques | Limites légales du nombre de visiteurs journaliers/annuels autorisés sur un site fragile. |
| Tolérance touristique | Seuil maximum d'impact touristique qu'un écosystème ou une communauté peut supporter sans dégradation. |
Indication pour la Synthèse (Q3)
Exemple de structure attendue :
« Le texte pose un dilemme : faut-il limiter le tourisme pour sauver la planète ? Trois positions s'en dégagent. Premièrement, l'auteur établit un plaidoyer environnemental : le tourisme génère 8 % des émissions mondiales de GES, provoque surtourisme et touristification (Venise, Barcelone), détruit écosystèmes et communautés locales via greenwashing et effets rebond. Deuxièmement, il concède que rejeter le tourisme en bloc serait malhonnête : le secteur fait vivre 300 millions de personnes et représente 10 % du PIB mondial. Supprimer cet emploi sans alternatives serait socialement catastrophique. Troisièmement, l'auteur esquisse une tierce voie : ni interdiction totale ni laisser-faire, mais régulation intelligente basée sur des quotas, une meilleure répartition géographique et une tarification des externalités. Cet équilibre entre soutenabilité écologique et viabilité socio-économique constitue la solution pressentie. »
(Environ 180 mots — proche du seuil.)
Indication pour l'Essai (Q4)
Canevas suggéré :
I. Paradoxe initial — L'automobile en ville : mobilité promise vs. congestion, pollution, îlots de chaleur réels.
II. Perspective écologique — Émissions de CO₂, consommation d'espace, dépendance énergétique ; véhicules électriques comme fausse solution (effet rebond, extraction minière).
III. Perspective socio-économique — Emplois dans secteur automobile, mais inégalité d'accès ; coûts cachés (santé, infrastructure) vs. profits privés.
IV. Perspective urbaine — Congestion, réduction espace public, inégalité de mobilité (les riches en voiture, les pauvres en transport collectif surchargé).
V. Tierce voie — Décarbonation progressive + multimodalité (transport collectif rapide, mobilités douces, covoiturage réglementé) ; zones zéro-émission par étapes.
Conclusion — L'automobile n'a pas « d'avenir » au sens du business-as-usual, mais peut évoluer vers formes régulées et décarbonées dans écosystème transport transformé.

