Retour
HistoireNiveau B2~6 min de lecture

Charles de Gaulle, du 18 juin à la Ve République (B2)

« Moi, général de Gaulle… » En juin 1940, une voix française parle depuis Londres. Vingt ans après, elle façonne la Ve République. Portrait d'un homme qui a réinventé la France deux fois.

Signé·10 juillet 2026·~6 min de lecture

Também disponível em

Português

Charles de Gaulle, du 18 juin à la Ve République (B2)
audio · 🎧
Écouter l'article

Lecture par synthèse vocale · voix française naturelle🎧 Soyez le premier à écouter

L'audio n'est pas fiable à 100 % — quelques mots peuvent être mal prononcés — mais il reste au plus près du texte écrit ci-dessus.

Charles de Gaulle : trois actes d’une vie qui a redessiné la France. De l’appel de Londres aux rues de Mai 68, portrait d’un homme qui détestait plaire — mais qui voulait la grandeur. Niveau B2 · 10 min

En juin 1940, un général quasi inconnu monte à un micro de la BBC. En mai 1968, il affronte un million de manifestants dans les rues de Paris. Entre les deux : une république entière qu’il a refondée. Charles de Gaulle n’a jamais cherché la popularité — il cherchait ce qu’il appelait « une certaine idée de la France ». Idée floue, idée puissante, idée qui traverse encore aujourd’hui la politique française comme un fantôme encombrant.

Cet article retrace trois moments clés de sa trajectoire : l’appel fondateur de Londres, la longue traversée du désert, et le retour fracassant qui donnera naissance à la Ve République — celle dans laquelle vit encore la France en 2025.


L’appel du 18 juin 1940 : la naissance d’un mythe

Le 17 juin 1940, le maréchal Pétain annonce à la radio qu’il faut « cesser le combat ». La France vient de perdre la guerre en six semaines. L’armée allemande occupe Paris. Le gouvernement s’apprête à signer l’armistice.

Le lendemain, à Londres, un général de 49 ans — sous-secrétaire d’État à la Guerre depuis trois semaines à peine — prend le micro de la BBC et prononce ces mots :

« La France a perdu une bataille ! Mais la France n’a pas perdu la guerre ! »

Très peu de Français entendent ce discours en direct. Mais il marque l’acte de naissance de la France libre : une armée en exil, un refus de la défaite, une voix qui dit « non » quand tout le monde baisse les armes. De Gaulle devient, ce jour-là, le chef d’une résistance qui n’existe pas encore — mais qui va s’organiser peu à peu autour de lui, à Londres, en Afrique, dans les maquis (groupes de résistants clandestins).

Ce qui frappe les historiens, c’est l’audace politique : de Gaulle n’a aucune légitimité institutionnelle. Il est inconnu du grand public. Il désobéit à son gouvernement. Mais il s’autoproclame chef de la France combattante — et il tiendra ce rôle jusqu’à la Libération.

Un fait méconnu : l’appel du 18 juin n’a jamais été enregistré. Ce qu’on entend aujourd’hui est une reconstitution faite quelques jours plus tard.


La traversée du désert (1946-1958) : le refus du compromis

En août 1944, de Gaulle entre dans Paris libéré en héros. Il devient chef du gouvernement provisoire. Tout semble gagné. Pourtant, en janvier 1946, excédé par les querelles entre partis politiques, il démissionne brutalement.

S’ouvre alors ce qu’on appelle la traversée du désert : douze années pendant lesquelles de Gaulle reste en retrait, installé dans sa maison de Colombey-les-Deux-Églises (un village de Haute-Marne, 400 habitants). Il écrit ses Mémoires de guerre, fustige la IVe République — ce régime parlementaire instable qu’il juge incapable de gouverner — et attend.

Attendre quoi ? Une crise. Elle arrive en 1958, avec la guerre d’Algérie. L’armée française menace de faire un coup d’État. Les politiciens, paniqués, rappellent de Gaulle. Il accepte — mais pose ses conditions : une nouvelle constitution, un pouvoir exécutif renforcé, la fin du régime des partis.

« Que voulez-vous, à mon âge, on ne commence pas une carrière de dictateur », lance-t-il avec ironie. Traduction du sous-texte pour lusophones : « Je suis trop vieux pour devenir un tyran — mais je vais quand même tout changer. » C’est exactement ce qu’il fait.


La Ve République (1958-1969) : un pouvoir sur mesure

Le 28 septembre 1958, les Français approuvent par référendum (79 % de oui) la nouvelle constitution. La Ve République est née. Elle donne au président des pouvoirs considérables : il nomme le Premier ministre, peut dissoudre l’Assemblée nationale, déclencher un référendum, prendre les pleins pouvoirs en cas de crise (article 16).

De Gaulle devient président en décembre 1958. Son premier chantier : l’Algérie. Contrairement à ce qu’espéraient les militaires qui l’ont rappelé, il ne choisit pas l’Algérie française. En 1962, après des années de guerre atroce (300 000 morts), il signe les accords d’Évian : l’Algérie devient indépendante. Une partie de l’armée se révolte (putsch d’avril 1961, attentats de l’OAS). De Gaulle tient bon.

Autres grandes décisions :

  • Politique étrangère indépendante : retrait de l’OTAN (1966), refus de l’hégémonie américaine, développement de l’arme nucléaire française.
  • Réconciliation franco-allemande : traité de l’Élysée (1963) avec Konrad Adenauer.
  • Modernisation économique : expansion industrielle, aménagement du territoire, Concorde, TGV.

Mais en mai 1968, tout bascule. Les étudiants occupent la Sorbonne. Les ouvriers se mettent en grève (10 millions de grévistes). De Gaulle, vieillissant, ne comprend pas cette révolte culturelle et libertaire. Il tente un référendum en avril 1969 — vote de confiance déguisé. Les Français votent non. Il démissionne le soir même.

« Je cesse d’exercer mes fonctions de président de la République. Cette décision prend effet aujourd’hui à midi. » Pas de pathos (émotion excessive), pas de justification : une sortie sèche, à la de Gaulle.

Il meurt à Colombey dix-huit mois plus tard, le 9 novembre 1970.


L’héritage : pourquoi ça compte pour comprendre la France aujourd’hui

Encadré spécial :

La Ve République gaullienne structure encore toute la vie politique française en 2025. Voici pourquoi :

  1. Présidentialisme : le président français a des pouvoirs qu’aucun autre chef d’État européen ne possède. C’est un héritage direct de 1958. Tous les présidents depuis (Pompidou, Giscard, Mitterrand, Chirac, Sarkozy, Hollande, Macron) gouvernent dans le cadre institutionnel que de Gaulle a créé.
  1. Référendum : de Gaulle adorait consulter directement le peuple par-dessus la tête des partis. Cette pratique est devenue un réflexe — parfois risqué (cf. le non au référendum de 2005 sur l’Europe).
  1. Indépendance nationale : l’idée qu’il faut refuser toute subordination aux États-Unis ou à Bruxelles est un marqueur identitaire français hérité du gaullisme. Elle traverse droite et gauche.
  1. Le « roman national » : de Gaulle a construit le récit d’une France unie dans la Résistance. Ce récit a longtemps masqué les réalités plus complexes de Vichy et de la collaboration. Aujourd’hui encore, cette mémoire officielle fait débat.
  1. Le style : verticalité, solennité, refus de la familiarité médiatique — tout ce qui définit encore « l’ethos » (manière d’être) présidentiel français vient de lui. Même les présidents qui s’en écartent (Hollande, Macron) sont jugés à l’aune (en comparaison) de ce modèle.

Mini-lexique (FR → PT-BR)

FrançaisPortugais (Brasil)
traversée du déserttravessia do deserto (período de ostracismo político)
maquismaquis (grupos de resistência clandestina, 1940-1944)
putschgolpe militar
référendumreferendo
pleins pouvoirsplenos poderes
OASOAS (Organização do Exército Secreto, grupo terrorista pró-Argélia francesa)
ethosetos (caráter, estilo moral)
à l’aune deà luz de, em comparação com

Charles de Gaulle n’a pas été un démocrate modèle — il détestait les partis, méprisait les journalistes, gouvernait seul. Mais il a offert à la France un cadre institutionnel stable après soixante-dix ans de régimes fragiles. Ce cadre tient encore. Pour le meilleur — et parfois pour le pire.

— Lionel Philippe · alias « Monsieur Merci Bonjour »

Lecture libre pour les Solteurs. Certains articles sont réservés aux Solteurs+ — c'est ce qui permet à ce blog d'exister. Voir les formules →

Relu et corrigé par Vincent, notre serial-correcteur · 20 juillet 2026

#Histoire#De Gaulle#1940#Ve République#Résistance#B2#France
PDF · FR PDF · PT
Carnet de mots

Retenez le vocabulaire de cet article.

Créez un compte élève (gratuit, 50 cartes offertes) et laissez la méthode de répétition espacée FSRS vous rappeler ces mots au bon moment.

Ta dose hebdomadaire de français

3 articles choisis pour ton niveau, chaque mercredi. Zéro spam, désabonnement 1 clic.

Une question sur cet article ?

Demande à Vibe, notre assistant francophone

Votre recherche Vibe turbinée par Mistral AI

Partager cet article
Le Guide

Une sélection éditoriale de livres, sites et outils utiles pour aller plus loin.

Certains liens ci-dessous sont des liens partenaires. Nous ne recommandons que ce que nous utilisons ou avons vérifié.

Commentaires (0)

Soyez le premier à commenter cet article.

Partager
Cet article t'a aidé ?